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par Sylvie Vermeulen
Résumé : Les promesses qui ont dynamisé la mise en place des systèmes démocratiques avaient pour fonction inconsciente de dissimuler la persistance de structures politiques coercitives. Aujourd’hui, ces systèmes révèlent les bases sur lesquelles ils ont été édifiés : délitement des liens relationnels, misère et impérialisme.
L’adulte vit l’enfant comme étant sans lien spirituel avec son lignage, sans passé, sans mémoire et sans signification pour l’ensemble de la création. Il l’inscrit dans un unique discours afin de le formater aux exigences de la société à venir. Dès lors, l’enfant devient le produit de l’utilitarisme égoïste d’une population désormais réduite aux soucis d’argent et à la recherche d’excitations en tous genres. La résignation de pères dont la bienveillance est perdue dans la réitération de leur histoire et l’indisponibilité de mères occupées à conquérir l’espace masculin, vouent le jeune adulte à servir un système qui, dans le prolongement de son enfance et de son adolescence, continue de lui interdire la réalisation de sa conscience, occasionnant chez lui un stress exténuant qui provoque sa dégénérescence. Société dépressiveLa force brutale des parents, du corps médical et du corps enseignant, qui est imposée à l’enfant à chaque instant, engendre une culpabilité chez les intervenants que ces derniers tentent d’apaiser en raisonnant l’enfant. Celui-ci doit comprendre le comportement des adultes et adhérer à leurs raisons. La subtilité qui fait advenir ce qui, malgré la manipulation, reste un prodige, est la conscience dont l’existence est pourtant ignorée par tous ces éducateurs. Dans le cruel déni de cette conscience, la raison, conçue par la volonté de justifier la domination, est saisie comme substitut. Ainsi le parent, puis la société, manipulent l’enfant terrorisé et le modèlent au gré des rôles nécessaires à leurs schémas relationnels. Les hommes engendrent alors des communautés dépressives qui ne croient plus en elles-mêmes car elles luttent, à travers chacun, contre leur propre processus de libération et de réalisation, notamment en se contentant de luttes économiques pour compenser une quête de sens. Il est pourtant impératif de réaliser cette conscience, afin qu’elle ne puisse plus être manipulée par la gestion du refoulement des traumatismes rejoués compulsivement de génération en génération. Étroitesse de la raisonL’histoire des peuples s’est faite à travers des mises en scène dans lesquelles la terreur de rester conscient face au père rendait inopérante toute prise de conscience. Périodiquement, la classe dominante se trouvait menacée par les raisonnements qu’elle avait elle-même mis en place pour justifier sa condition. C’est pour cela que les aristocrates athéniens étendirent la discussion à un plus large public d’hommes. Pour garder leur fonction, ils cherchèrent à entendre le bon sens partagé et à en nourrir leurs raisonnements afin d’obtenir, pour toutes leurs décisions, l’adhésion populaire. Ils voulaient éviter les soulèvements de tous ceux qu’ils réduisaient, d’une façon ou d’une autre, à l’état d’esclaves et ainsi mieux protéger leurs intérêts particuliers. La représentation dite démocratique correspond donc à celle des scénarios masculins dominants. Au demeurant, il n’y a pas d’autre représentation que celle-là, l’homme réalisé n’ayant pas besoin de figures représentatives de sa conscience puisqu’il est lui-même ce représentant. Par contre, l’homme névrosé a besoin de figures jouant des rôles similaires à ceux qui occasionnèrent ses traumatismes et l’aveuglement qui s’en suivit. Ainsi, celui qui « lutte pour la liberté » joue un rôle dans la mise en scène du Pouvoir. Il nourrit l’emprise de ce dernier, surtout si cette liberté est réduite à la « jouissance des droits accordés à tout citoyen » (1). La liberté que nous pouvons retrouver est celle de jouir de notre nature en nous reconnectant avec cette nature. Au lieu de cela, les hommes complexifient leur dialectique avec de nouveaux concepts formant un ensemble appelé raison. Cicéron définissait le mot ratio comme « le pourquoi d’une chose, tel qu’un homme se l’explique » et le distinguait de causa, la « cause réelle ». Ne pouvant discerner leurs schémas relationnels d’une conscience réalisée, les hommes justifiaient et innocentaient leurs rejouements à travers leurs raisonnements. Pourtant, ceux-ci manifestaient encore et toujours, dans l’application des décisions parentales ou gouvernementales, les conséquences d’une conception erronée de la vie. Et cela, avant que les décideurs ne s’en repentissent et ne recommencent : nous tournons donc en rond et nous faisons croire que nous évoluons.
Différence, complémentarité et égalitéPar nature, les humains ne peuvent être qu’omniscients. Ils ne sont pas complémentaires, comme on voudrait nous le faire croire. Sans contraintes, ils prendraient place au sein de la communauté là où leur vie véhicule l’harmonie, si bien que toutes leurs facultés, base de leur polyvalence, seraient toujours reconnues. La conception de la complémentarité recroqueville la grandeur de l’Homme dans des rôles imposés dès l’enfance et sanctionnés par des formations et des professions issues de cette réduction. De même, la notion d’égalité se définit sur le déni de notre essence commune. Elle a été conçue pour manipuler l’espoir d’être un jour reconnu en tant qu’être conscient, vivant le sentiment d’être ensemble. Aujourd’hui, elle sépare les hommes face à une autorité qui, elle, devrait, selon la définition démocratique, garantir les mêmes droits pour tous et des conditions de vie égales. Mais celle-ci leur interdit avec violence de remettre en cause les rôles et donc de toucher à la mise en scène. L’égalité a été une tentative de supprimer les souffrances de l’exploitation de l’homme par l’homme, mais n’a pas été la résolution de ce qui pousse les hommes à s’enfermer dans des rôles. Ces derniers sont donc condamnés à manifester les incroyables différences de conditions de vie et les non moins incroyables inégalités devant la loi, malgré tous leurs discours.
Libre marchéNos principes de liberté, d’égalité et de fraternité et notre système de libre économie ont été conçus par le même usage de notre conscience. Ils témoignent de la constante confrontation entre la soif de résoudre la problématique humaine et la compulsion à trouver de nouveaux profits, selon l’idée triomphante que la richesse engendre un pouvoir très compensatoire. Pour contrecarrer leur culpabilité, les classes dominantes y substituent toujours - en leur for intérieur - la croyance en l’inégalité naturelle des hommes et donc la négation de l’affection fraternelle innée. Leur conception de l’économie utilise nos différences de couleurs, de formes et d’expériences d’environnements divers - toutes les richesses réelles témoignant de l’omniscience de l’être humain - pour exploiter des rapports de force racistes dans le but d’imposer leurs schémas relationnels au lieu de les résoudre. Aujourd’hui, l’humanisme conquérant persiste à mépriser les remises en cause en les présentant comme de simples différences, plus ou moins respectables, dès lors qu’il peut en paralyser le dynamisme dans son système de valeurs en les réduisant à des choix supplémentaires. Nous ne résoudrons pas les causes de la souffrance humaine en prenant les représentants de ces remises en cause comme porteurs de différences afin d’assouvir nos besoins névrotiques. |